Jazz Notes

François Joly

On peut ergoter sur la présentation de la nouvelle Série noire ; il n’empêche, enfin, que les premières de couverture de la collection sont magnifiques et qu’on est loin des brouillons pseudo avant-gardistes de la précédente mouture qui ont desservi grandement la collection. Ainsi, Boulevard des Branques, de Patrick Pécherot, est valorisé par une photo de la collection Roger-Viollet et son roman le mérite bien. Journaliste, Pécherot a la vision aiguë du professionnel quand il nous embarque dans le passé pétainiste de l’an quarante. Son livre est un nouveau témoignage contre la barbarie avec une gouaille qui fait passer bien des horreurs mais qui aura le mérite de graver des faits authentiques dans l’esprit de ceux qui n’ont pas tout à fait compris que les révisionnistes sont des cons. Le polar est bien là, dense, incisif, grand témoin avec une histoire qui tient la route à une époque où collabos, voyous, nazis faisaient bon ménage et dont les séquelles sont encore présentes de nos jours.

© François Joly, Jazz Notes



Le quotidien du médecin

Martine Freneuil

Après les Brouillards de la Butte, grand prix de littérature policière 2002, et Belleville-Barcelone, Patrick Pécherot continue de parcourir le Paris populaire des années 1930 et 1940, sur les traces de ses héros fétiches. On est précisément en juin 1940, dans la capitale vidée par l’exode, mais que convoitent truands, nazis et collabos. Nestor, premier détective à l’agence Bohman, est chargé de surveiller le professeur Griffart, "une sommité médicale ébranlée par la percée germanique". Trois semaines de sinécure interrompue par le suicide, lettre à ’appui, du neuropsychiatre. C’est alors que tout s’emballe, entre chasse au trésor, fantômes de la guerre d’Espagne, faux policiers et secrets cachés derrière les hauts murs des asiles d’aliénés. Une histoire à perdre la raison.

© Martine Freneuil, Le quotidien du médecin

Madame Figaro

Christian Gonzàlez

La verve d’un Audiard, la gouaille d’un Léo Malet, un sens du romanesque. En juin 1940, alors que l’avance allemande vide Paris, Nestor, détective privé, enquête sur le prétendu suicide d’un psychiatre dépressif. Une partie de cache-cache fertile en mystères et en cadavres, en bons mots et en mauvais coups. Un polar mirobolant !

© Christian Gonzàlez, Madame Figaro

Ouest-France

Josiane Guéguen

Troisième et dernière aventure de Nestor, le détective de l’agence Bohman (bel hommage à Nestor Burma et Léo Malet). Dans le Paris de 1940, déserté par l’exode, le détective privé et sa fidèle assistante se retrouvent plongés dans l’univers glauque des hôpitaux psychiatriques que l’on vide à l’arrivée des Allemands. Chargé de veiller sur un psychiatre presque aussi fou que ses malades, Nestor se retrouve embringué dans une histoire qui le dépasse mais qui lui vaut poursuites et coups de poing. D’autant que les truands s’allient bien vite aux nouveaux arrivants pour des bénéfices encore plus juteux. Patrick Pécherot excelle à reconstituer une époque par le style et par la complexité du récit. Ce livre est la meilleure des aventures de Nestor après Les brouillards de la Butte et Belleville-Barcelone, tous deux justement récompensés.

© Josiane Guéguen, Ouest-France

Epok

Patrick Pécherot ne cache pas ses influences, loin de là. Et son détective privé, un certain Nestor, enquêtant dans le Paris troublé de l’année 1940, entre fachos, anarchistes, trafiquants et collabos, s’impose en vibrant hommage au Burma de Léo Malet, sans pour autant tomber dans le pastiche. Une évocation haute en couleurs et en gouaille d’un Paname vidé par l’exode et rongé par les démons.

© Epok

A Paris

Juin 1940, Paris va être soumis aux bottes nazies. Pas facile alors pour l’enquêteur Nestor, détective privé à l’agence Bohman, de déceler le vrai du faux. Les truands, les collabos, les nazis n’ont aucun scrupule et s’acharnent à perdre ce pauvre Nestor. C’est une ambiance très noire que l’auteur nous décrit d’un style qui fleure bon l’argot et l’accent parigot d’autrefois. Le suspens est dense, lui aussi.

© A Paris

L’Alsace

Jacques Bertho

Enlevé, rythmé, documenté, Boulevard des branques de Patrick Pécherot nous fait retrouver avec plaisir le privé Nestor pour le dernier - et le plus réussi - volet de la trilogie-hommage à Léo Malet. Pécherot réinvestit l’Histoire avec l’histoire de ses personnages qu’il insère habilement dans la période 1939-1940 : il rappelle la fascination alors exercée par le Dr Alexis Carrel (Prix Nobel 1912, mais qui prôna l’eugénisme en 1935 : de quoi ravir les nazis), la débâcle, l’Occupation, la collaboration. Pécherot a du bagout, du pittoresque dans les mots, de l’esprit, fait rimer flicaille avec joncaille, dingos avec lingots ; rimes… riches en péripéties !

© Jacques Bertho l’Alsace

Liberté

Pierre Gauyat

Après quelques années de recherches un peu erratiques, la vénérable Série Noire, collection policière de la non moins honorable maison Gallimard, change de peau. Elle abandonne le format de poche, qui était le sien depuis soixante ans, pour le grand format. La principale conséquence de ce choix est une élévation conséquente du prix de vente, ce qui n’est pas négligeable, accompagnée d’une réduction à deux publications mensuelles. Littérairement, les habitués ne seront pas dépaysés. Ils reconnaîtront le ton si particulier de leur collection fétiche.
La meilleure illustration de cette continuité dans le changement est la parution du dernier roman de Patrick Pécherot : Boulevard des Branques. On retrouve Nestor, privé « de chez Bohman » dont les premiers exploits, narrés dans Les brouillards de la Butte et Belleville-Barcelone, se déroulaient dans la Paris populaire des années trente. Le temps passant, nous voilà plongés au cœur de cette « étrange défaite » dont parle l’historien Marc Bloch : la débâcle de mai-juin 1940. Au cœur des premiers mois de l’occupation allemande, cette « cohabitation » forcée entre vainqueurs et vaincus, dont l’auteur reconstitue minutieusement le climat. Curieusement, on voit assez peu l’occupant. En revanche, les collaborateurs sont très présents, et c’est heureux, car cela rappelle que la collaboration était un mouvement volontaires d’hommes, pour la plupart engagés dans l’extrême droite avant la guerre, décidés à régler son compte à la « Gueuse », la République, en profitant de ce que l’un de leurs penseurs appela la « divine surprise » qu’a constituée pour eux la défaite de 1940. On voit les repositionnements des uns et des autres, notamment les médecins qui, à la suite d’Alexis Carrel, prônent l’eugénisme, c’est-à-dire l’élimination de tout porteur de « tares » physiques, mais aussi sociales, doctrine expérimentée en Allemagne nazie. Les aliénés enfermés dans les hôpitaux psychiatriques comme celui de Clermont, dans lequel se déroule une partie de l’action du roman, furent victimes d’une élimination aussi discrète qu’efficace : pas moins de quarante mille d’entre eux y moururent de faim. On voit aussi comment des truands sont extraits de prison pour rejoindre ce qui deviendra la Gestapo française, encadrés par d’anciens flics, et tout cela au nom de la Révolution nationale, de l’ordre et de la morale. Et du Maréchal, il va de soi…Cependant, certains personnages incarnent, eux, la Résistance en gestation, comme Jean Moulin, qui n’a pas quitté son poste à Chartres, ou un flic intègre qui ne confond pas loyauté et servilité envers les nouveaux maîtres. Un grand roman qui aborde une période peu visitée de l’histoire de France : les premiers mois du pouvoir de Vichy et la mise en place de la politique de collaboration. Une période qui va conditionner beaucoup de choses…

© Pierre Gauyat, Liberté

Lire

Alexande Fillon

Librement inspiré de la vie et l’œuvre de Léo Malet, Les brouillards de la Butte (Folio Policier) avaient valu à Patrick Pécherot le Grand Prix de littérature policière 2002. Après le Paris des années 1920, Pécherot pousse cette fois jusqu’aux troubles jours de juin 1940. La capitale n’est plus qu’un « flot grossissant » un « fleuve en crue » Les officiels s’enfuient, les ministères se vident, les gens se bousculent porte d’Orléans dans des Traction au coffre bouclé comme un coffre-fort. Premier détective à l’agence Bohman sise à Belleville, Nestor, lui, est vaillamment resté à quai. Promu « ange gardien » le voici attaché à la destinée d’une sommité médicale, ébranlée par la percée germanique. Pas pour longtemps car le professeur, un neuropsychiatre, choisit de mettre fin à ses jours d’un coup de seringue. A moins que quelqu’un ne l’ait aidé à devancer l’appel pendant le sommeil de Nestor…Le privé aux pieds plats se retrouve avec un cadavre sur les bras et l’interdiction formelle de quitter Paris avant la clôture de l’affaire. Dans une ville morte, ce ne sont plus que rideaux de fer baissés sur les boutiques, cadenas aux grilles, persiennes closes. Certains attendent les feldwebels en comptant les heures. Lorsqu’il entend parler d’un mystérieux train venu de l’Oise dont les voyageurs semblent avoir vu le diable, le héros de Pécherot ne va pas résister à l’appel de l’Histoire. Il dérobe son vélo à un malheureux facteur - à la guerre comme à la guerre !- et pédale jusqu’à Chartres. Arrivé à destination, Nestor fera la connaissance d’un certain Jean Moulin… « Roman d’enquête » tenant toutes ses promesses, Boulevard des Branque emballe avec son atmosphère surannée, son style gouailleur qui fait la part belle à l’argot, son intrigue rondement menée.

© Alexande Fillon, Lire

Culture hebdo

Patrick Pécherot valsait encore dans les limbes quand la guerre prit fin en 1945, lui qui ne verra le jour en 1953. Mais il demeurera toujours captivé par la France des années d’avant-guerre et sous l’Occupation. C’est que la collaboration allait de pair, florissante, avec le marché noir. Au pays de la gastronomie, les denrées étaient devenus si rares en ce temps-là, que le chocolat et les oranges représentaient un luxe. Il y a avait une cohorte d’individus louches qui hantaient les officines des occupants. C’est ce climat qui emballe notre écrivain qui nous plonge en juin 1940 dans une ville de Paris désertée d’une bonne partie de ses habitants qui ont fui en zone libre. Vous avez Nestor qui est détective pour le compte de l’agence Bohman. Il nage en plein mystère social et c’est toute une faune obscure qu’il nous fait découvrir. Parfois il émaille son récit d’expressions argotiques qui rappelle le style d’Audiard. Plus parigot que ça tu meurs.

© Culture hebdo.com