Made in Poland

Soleil noir rend hommage à l’immigration polonaise dans l’entre-deux guerres. Pour continuer la balade : une visite chez le libraire.

Un titre programme, un voyage dans le temps. Quand Janine Ponty tient la barre, la mémoire se remonte comme un fleuve.
Ils sont là, ceux qui ont usé leurs semelles à courir après l’espoir. Les corons les ont vu arriver, pas toujours acceptés, rejetés parfois, avec leur misère dans leur besace d’étranges étrangers. Ceux-là sont restés, enracinés, comme les géraniums en pots sur leurs fenêtres. Aujourd’hui, ils se souviennent.
La citation du préfet du Nord, reprise dans Soleil noir vient tout droit de cette Mémoire.

Toujours de Janine Ponty : Polonais méconnus. Cette histoire des travailleurs immigrés en France dans l’entre-deux-guerres (édtions de la Sorbonne) est une somme. Le tableau brossé, tour à tout social, économique, politique, n’oublie jamais l’humain. Cette Histoire, désormais européenne, résonne d’échos étrangement actuels. Alors qu’immigration et intégration ont désormais un ministère, ce pavé passionnant a valeur universelle.

Deuxième opus d’une nouvelle collection des éditions Autrement, Le rêve de Jacek est un petit bijou. Valentine Goby et Olivier Tallec emmènent leurs jeunes lecteurs de la Pologne aux Corons du Nord. 1931, Jacek aura bientôt 15 ans. L’âge de la mine, son univers et son rêve. Dûreté du labeur, ducasses et grands espoirs. Dans ce récit d’initiation, la couleur charbon se mèle au pastel des illustrations. Le rêve des Polacks qui avaient cru à la belle aventure de la fraternité.

Dans la désormais riche lignée des BD témoignage, cette Marzi (éditions Dupuis) n’est pas sans évoquer la jeune héroïne d’un certain Persepolis. Au point d’avoir été présentée lors de sa publication comme la Marjane Satrapi polonaise. Filiation n’étant pas imitation, le livre vaut bien mieux que l’argument de vente. Cette irrésistible Zazie de l’Est donne, mine de rien, une savoureuse leçon de chose sur un pays sorti du glacis pour rejoindre l’Europe. Bienvenue à la petite soeur du plombier polonais.

Sorti au déclenchement de la (première) guerre du Golfe, le Brasier n’aura pas allumé longtemps les salles obscures. Il a aura en revanche brûlé les ailes de son metteur en scène. Eric Barbier mettra plus de dix ans ans à s’en remettre. Est-ce pour conjurer le sort qu’il juge aujourd’hui sévèrement ce qui fut son premier film ? Les critiques sont injustes, le Brasier - prix Jean Vigo 1991 - avait tout pour plaire : le talent de son réalisateur, celui de ses acteurs, la reconstitution historique, des moyens à la hauteur et un sujet peu exploré par le cinéma français : la mémoire de l’immigration et la montée des sentiments xénophobes dans le monde du travail, sur fond de crise économique. Point d’orgue : la grève de Leforest qui verra des mineurs polonais s’enfermer au fond d’un puits avant d’être expulsés par trains entiers avec leurs familles dès leur remontée. Pour tout cela, le Brasier reste une perle rare (1). C’est en le voyant à sa sortie que j’ai découvert une histoire qui allait m’inspirer, des années plus tard, une partie de Soleil noir.

(1) Décidément maudit, le Brasier n’a jamais été réédité en DVD. On peut néanmoins en dénicher quelques copies en VHS sur Price Minister.