Dans la presse

« Le grand styliste du roman noir français interroge les fantômes de la guerre d’Algérie... » Elise Lépine, GQ
« Un style ravageur, tantôt gouailleur, tantôt coupant, souvent poète, toujours d’une justesse étourdissante... » Sandra Benedetti, L’Express
« Un roman magnifiquement écrit, un véritable théâtre d’ombres. » Nadège Rousseau, Page des libraires
« Le beau portrait de quatre hommes ordinaires balayés, malmenés par le grand vent de l’ Histoire….Brillant. » Wollanup, Nyctalopes
« Une série blême sur des laissés pour compte qui ne seront jamais des héros. Un grand "Noir" de chez Gallimard... » Michellio, Baz’art.org
« Incroyable restitution d’une époque par la force de l’écriture. » Télé Z
« Pécherot réveille les morts et donne la parole à ceux qu’on n’a pas écoutés. » Alain Léauthier Marianne
« Une manière de chef d’œuvre. » Christine Ferniot et Michel Absecat, Le cercle polar, Télérama.fr
« Une langue rude et savoureuse pour un roman noir et abrupt. » A.P. Pèlerin
« Ce roman résonne comme le cri d’un homme rongé par le remords et incapable d’oubler. » Jean-Paul Guéry, Le Courrier de l’ouest
« Quelques mots, une réplique suffisent à restituer une époque. Pécherot écrivain de Série Noire ? Ecrivain suffira. » Etienne de Montety, Le Figaro Littéraire
« Un grand texte tragique. » Claire Julliard, l’Obs
« Un style crépusculaire […] Patrick Pécherot cueille le lecteur, le laisse le cœur en vrac. » Jean-Claude Raspiengeas, La Croix
« Patrick Pécherot donne toute la mesure de son talent », Abel Mestre, Le Monde
« […] l’écriture comme un air mélancolique qu’on écoute entre chien et loup, à l’heure où surgissent les fantômes du passé, l’heure des brûlures d’estomac et des hommes qui s’essuient les yeux et écrasent leur dernier mégot avant de pousser la porte dans le froid cinglant. », Christine Ferniot, Télérama



Séquence 1

On chargeait le bahut quand je l’ai aperçu. Dans le petit matin engourdi de sommeil, une pluie sournoise nous trempait la couenne, André et moi. Sous sa porte cochère, lui nous observait. Il aurait aussi bien contemplé les rails du tramway ou compté les mégots dans les flaques. Ce genre d’occupation qu’on se donne quand on n’en a plus d’autres. Ca le gênait pas de se tourner les pouces en nous regardant prendre l’eau avec nos cageots. A travers le rideau de pluie, on distinguait sa silhouette et le point rouge d’une cigarette. C’est ça qui m’a fichu en rogne. L’idée du tabac au sec quand nos cibiches jouaient les buvards dans nos poches. On ne pourrait pas en griller une avant longtemps et lui restait là, à se les rouler, dans son encoignure.
Bien trempés, on a chargé encore une pile de cageots. Mon aigreur montait en proportion. « T’as rien d’autre à foutre ? », j’ai lancé. Il s’est décollé de sa porte cochère. J’ai envoyé mon cageot dans le camion et, d’instinct, j’ai gardé les mains libres, planté sous la flotte qui me coulait dans le cou. « Passe m’en un », il a dit, les bras tendus. Je me sentais con, mes poings fermés devant ses pognes ouvertes. A l’arrière du camion, André s’impatientait. « Hé, Gus ! Tu pionces ? ».
Je m’appelle Augustin. Mes parents n’ont rien trouvé de plus chouette comme nom de baptême. Mais j’aime autant qu’on m’appelle Gus. On a dû vous le dire. Alors pour ce que vous écrirez, ce sera du Gus ou du rien ! Fin de la parenthèse.
La pluie battait comme un petit tambour, j’’ai repris un cageot et je l’ai passé au type. On a fini de charger tous les trois, je ne savais pas quoi dire et ça m’énervait. Ca m’énervait surtout qu’il ait le beau rôle. A tête reposée, je peux dire que je n’avais besoin de personne pour m’énerver. Au jeu des mauvaises raisons, je suis champion.
André a remercié l’homme et lui a proposé un jus. Encore quelque chose que j’aurais dû faire...