Dernier été et autres nouvelles

- 2018 - Scup -

Elles avaient paru dans Le Monde, le magazine 813 et des recueils collectifs, les voici réunies en un volume enrichi d’un inédit.

Dernier été, Trimard, Achiltibuie, Série B, Nature morte, Bookcrossing...De l’Occitanie aux brumes d’Ecosse en passant par la grisaille des banlieue, ces six nouvelles empruntent des chemins de traverse où passent Frédéric Bazille, Paul Cézanne, Nestor Burma/Léo Malet et les seconds rôles du cinéma populaire….

« A découvrir avec délectation », écrivait Macha Séry, dans Le Monde.fr à l’occasion de la première publication de la nouvelle qui donne son nom au recueil…

« Six textes où l’on retrouve l’écriture de l’auteur, la facilité avec laquelle il jongle avec les voix, les langages, sa capacité à nous faire entendre tel ou tel personnage, d’hier ou d’aujourd’hui, comme s’il nous parlait directement. »
Jean-Marc Laherrère, Actu du noir

« Le recueil se dévore. Longtemps encore après l’avoir refermé les échos des barricades de la Commune, l’accordéon des copains ou l’ambiance des films de voyous des années soixante résonnent dans le coeur du lecteur. » Patrick Cargnelutti, quatresansquatre.com

161 pages, éditions Scup.



Séquence 1

« Famille… connerie… » Ses derniers mots, monsieur. Je vous les rapporte tels qu’il les a prononcés. Ils sont drô­­­les, n’est-ce pas ? Enfin drôles… « Bizarres » conviendrait mieux… Pas tant à cause de ce qu’ils veulent dire. Ça, on comprend, et puis, c’est af­faire d’opinion. Non, l’étrange est qu’ils soient venus à la seconde où il passait l’arme à gauche. Dans quel fin fond du ciboulot des trucs pareils peuvent nicher pour remonter à ce moment-là. « Famille… connerie… ».

On devrait préparer ses ultimes paroles, vous ne croyez pas ? Les miennes, je les voudrais bien macérées dans le tonneau de mon âme. Des véri­­­tés fermentées, persillées comme une viande à jus. Les servir à la façon dont on passe un plat, ce serait une bonne manière de quitter la table. Notez, je n’ai rien préparé. Si la balle qui l’a fauché avait été pour moi, je serais resté coi. Et vous ? Imaginez. Une boutonnière coquelicot vient d’ouvrir votre poitrine. Vos intestins glissent entre vos doigts, plus chauds qu’une longueur de boudin. À moins que la margoulette fendue en deux comme une pastèque vous fasse entrevoir ce qu’il y a dedans. Vous avez l’embarras du choix, la guerre offre tant de façons de mou­rir. Toujours est-il que les secondes vous sont comptées et justement, vous voilà sec. Rien à déclarer. En pareil cas, on doit s’accrocher à la première image qui passe comme à une bouée. Tenez, je ferme les yeux, il m’en vient une, j’ai cinq ans, pour la première fois je vais seul aux commissions, j’ai si peur de pas me dépatouiller que je m’en répète la liste. Une livre de saucisses, six œufs, une mesure de lentilles. Vingt ans plus tard, mes boyaux à l’air ou mon crâne en compote, c’est peut-être ça qui sortirait. « Saucisses, lentilles… » Pour un dernier souffle, ça en manque.